Boutique Byke The Way.

Entretien avec Jonathan Rault - repreneur de Byke The Way

Entretien avec Johnatan Rault,repreneur de Byke The Way. Boutique et atelier de vélo à Paris, dans le 17eme arrondissement. Hugo Borrin, fondateur de Projet Boussole, interroge Jonathan sur plusieurs thématiques, de la création de Byke The Way, jusqu'à sa vision long therme du marché du cycle.
Les subventions de la Région Île-de-France pour l'Achat de vélos Vous lisez Entretien avec Jonathan Rault - repreneur de Byke The Way 11 minutes Suivant L'assurance

Byke The Way est un magasin de vélo / Atelier de réparation installé dans le coeur du quartier des Batignolles et piloté par Jonathan depuis 3 ans. Voisins de Projet Boussole - réparation et vente de vélos reconditionnés - Hugo (le fondateur de Projet Boussole) est allé rencontrer Jonathan  pour discuter de son parcours, de Byke The Way et du marché du vélo ! 

Boutique Byke The Way et ses employés.
https://byketheway.fr/

"Il y a deux choses qui m’ont poussé à me lancer : je voulais être mon propre patron et l'urgence environnementale"

Le parcours de Jonathan.

Hugo
Salut Jonathan, est-ce que tu peux te présenter ?


Jonathan

Je suis rentré dans le vélo il y a quatre ans maintenant. J'ai commencé chez Holland Bikes comme mécanicien cycle. Assez vite, j 'ai eu la double casquette de mécanicien / vendeur et j'ai aussi participé à l 'aménagement du lieu de stockage de Holland Bikes. Dans mon ancien métier, j'étais responsable achats et supply-chain. Et j'ai aussi beaucoup bossé dans la production industrielle. Ca m'a permis d'appliquer pas mal de méthodes de l'industrie au magasin.


J 'ai notamment installé un ERP, Ginkoya, c'est un ERP qui est assez classique dans
les magasins de vélo. Ça nous a aussi permis de rationaliser les postes de travail. Par exemple, sur le tableau, il n 'y a que les outillages qu'on utilise régulièrement. Après, tous ceux qu'on utilise moins, ils sont plutôt dans les tiroirs.

La création de Byke The Way.

Hugo
Ok. Et qu'est -ce qui t'as fait shifter alors ?


Jonathan
L'urgence environnementale. Mon ancien boulot était super, j'adorais mon boulot, mais il y a deux choses qui m’ont poussé à me lancer : je voulais être mon propre patron et l'urgence environnementale. C’est ce qui m’a orienté vers le vélo.


Hugo
D 'accord. Et ça représente quoi justement le vélo pour toi?


Jonathan
Moins de CO2.


Hugo
Ah oui, pour toi c'est vraiment un outil de décarbonation !


Jonathan
Oui, le vélo fait partie des solutions. Après, j 'aime bien le vélo, j 'ai commencé une collection malgré les réticences de ma femme mais je ne suis pas un passionné absolu. Je suis un passionné de mécanique, j 'adore ça, j 'en ferais gratuitement. Mais je n’en suis pas à connaître le tout dernier modèle de Cannondale par exemple…


Hugo
Je comprends. C'est quoi Byke the Way ?


Jonathan
Byke The Way, c'est un magasin de proximité. Comme il y a la maison Legrand pour la boucherie, il y a la maison Byke the Way pour le vélo. Ce que je veux, c'est que les gens viennent chez nous les yeux fermés. On fait en sorte qu'il y ait le moins de retour possible. Dès qu'il y a du S .A .V. on essaie de s 'en occuper dans la journée ou en tout cas au plus vite. C 'est ça notre publicité : prioritiser le client pour que le bouche à oreille travaille pour nous.


Hugo
Vous ne faites pas de pub en ligne ? 100% bouche à oreille ?


Jonathan
Que du bouche à oreille, c'est ca la Maison Byke the Way !

Le modèle de Byke The Way.

Hugo
En termes de prestations, décris moi un peu ce que vous proposez ?


Jonathan

On fait de la vente de vélos & accessoires, et réparation. Nos clients sont les utilisateurs du quotidien donc on ne fait pas de vélos de sport, on se concentre sur les "vélotafs". On est sur des vélos de moyenne gamme, moyenne gamme +. Etant donné qu'on est d 'abord des mécanos, on sait ce que c'est un vélo qui va durer. Quand on sélectionne des vélos pas trop trop chers, on les sélectionne pour qu'ils puissent être utilisés malgré une utilisation quotidienne. 

Côté réparation, notre crédo, c'est d ‘être capable de tout réparer. De temps en temps on s’y casse les dents... Mais plus ça va et moins on se casse les dents, on gagne en expérience à chaque fois. Et si vraiment, on n'y arrive, ca peut arriver de dire au client que ce n'est pas possible.. Mais c'est rare (rires) !


Hugo
Vous prenez les réparations difficiles pour gagner en expérience, j'aime cette philosophie !


Jonathan
Ca nous arrive assez régulièrement qu'un client arrive et nous dise qu'il ne savait pas où aller et qu'on lui avait conseillé "Byke The Way". Après, pour ce qui est des accessoires, pareil c'est orienté quotidien, vélotaf. On essaye de trouver le meilleur rapport qualité-prix. Notre but, c'est d 'avoir des composants et des accessoires qui durent.


Une équipe de 4 mécaniciens passionnés.  Byke The Way propose une multitude de vélos à la vente, mais également un service de réparation et d'entretien. 


En partenariat avec plusieurs marques françaises comme Joker ou bien EVEO, Byke The Way se définit comme un magasin de
confiance, axé sur le service client, la réactivité et la qualité.


Les accessoires sont également choisis pour un usage régulier et durable.



Les évolutions du marché du vélo

A court terme : la consolidation

Hugo
Comment tu vois le marché évoluer dans les années à venir ?


Jonathan
Alors, à court terme, il y a du surstock partout donc beaucoup de remises. Jusqu'à voir le stock franchement diminuer, la rentabilité des magasins de vélo est en train de chuter. Donc dans les mois à venir, il va certainement y avoir une consolidation. Je ne sais pas quel sera le pourcentage de fermeture, mais le marché va se consolider. Par exemple, autour de nous dans un rayon d'un kilomètre, on est 7 vélocistes. Donc certains vont fermer, je ne pense pas que ce soit nous car on a une répartition de chiffre d 'affaires qui est plutôt saine.


Hugo
Tu peux nous en dire plus sur cette répartition ?


Jonathan
Disons que la réparation et les accessoires, ca permet de payer les factures. Les ventes de vélos servent à avoir de la réparation et à vendre de l'accessoire. Ces 3 canaux se nourrissent. Je suis sur la même analyse que ceux qui font des projections à long terme sur ce marché : celui qui fait uniquement de la vente va souffrir encore assez longtemps.


Il y a eu beaucoup d'ouvertures par opportunité, un peu comme à l 'époque des vapoteuses, ou aujourd'hui du CBD. Il y a des marques qui vont fermer, l'exemple récent de Van Moof mais aussi Rad Power qui s'est retiré du marché européen. Donc dans les deux à trois ans, il va continuer à y avoir une sorte de consolidation. Il va rester que les entreprises les plus résilientes. Jusqu'en 2030, les gens vont continuer à s 'équiper. Pour la région parisienne, je pense que le taux d'équipement est très haut, on est arrivé sur un plateau. 


On va être sur des achats de renouvellement désormais, ce qui donne  d'autant plus de poids à la réparation. Etant donné que la période de renouvellement pour les VAE - plus ou moins 2 ans - et que les ventes ont explosées pendant le Covid, il est possible qu'on assiste à une période de renouvellement à partir de 2024. Après ce qui est intéressant, c'est qu'on n'a plus de demandes de vélos à 300€.


Hugo
Tu veux dire que le marché est plus éduqué au prix d'un vélo ?


Jonathan
Oui, les consommateurs sont plus matures sur la réalité des prix pour avoir des vélos de qualité, surtout pour une utilisation du quotidien, du vélotaf. Et enfin je vois une grosse opportunité long terme sur le reconditionnement avec des sociétés comme Projet Boussole. En ayant vu de l'intérieur la qualité du travail effectué, ca va être porteur. 
Et toi tu le vois comment le marché ?


Hugo
J'aime bien l'idée de lieux hybrides en centre-ville ou proche, qui puissent être des lieux de vente et de production pour apporter une expérience nouvelle aux cyclistes. Des magasins dédiés à la vente de vélos mais aussi à la réparation et au reconditionnement. C'est le modèle que l'on défend pour Projet Boussole qui mêle le e-commerce et la vente physique. Des commerces de proximité mais avec l'utilisation de la technologie et du e-commerce pour apporter une expérience plus riche aux clients, localement mais aussi au niveau national. 


 Le vélo reste un secteur où la proximité avec les clients est déterminante, quelle que soit l'essor du e-commerce. Donc il me semble indispensable de ne pas simplement être vendeur mais aussi le partenaire du cycliste au quotidien. Au final, on ajoute la composante "vélo reconditionné" mais on va ressembler à un magasin traditionnel. Il y a un vrai enjeu pour le reconditionné de s'intégrer dans le marché du vélo, notamment en centre -ville pour apporter une expérience complète aux cyclistes du quotidien. On peut travailler par exemple sur la reprise des anciens vélos pour booster les ventes des magasins traditionnels et permettre aux clients d 'avoir un service qui leur facilite la vie.

Pure players et concessionnaires auto ?

Jonathan

Pour continuer dans l 'avenir du vélo, il y a aussi la distribution par Internet de vélo neufs. Je ne suis pas sûr que des parts de marché soient prises par ce canal, tant en volume qu'en chiffre d'affaires. Je pense que les détaillants et les enseignes spécialisées vont garder une grosse partie du marché de la vente de vélo. Il y a eu pas mal de personnes qui ont été déçues en achetant un vélo sur Internet.


Hugo
Je pense que pour les vélos haut de gamme, les gens savent ce qu'ils veulent acheter, ils achètent plus facilement car ils connaissent leurs tailles et les spécificités techniques des vélos.


Jonathan
Oui, le modèle de marques comme Canyon. Mais sinon les pure players sont en train de se faire mal. Il y a une évolution, Cowboy était sur Internet mais ils sont en train de changer et nouent des partenariats de vente et de maintenance avec les magasins indépendants. C'était prévisible, à partir du moment où tu connais un petit peu le marché, tu savais que ca allait arriver tôt ou tard. C'est en train d 'arriver, tant mieux pour Cowboy et tant mieux pour nous parce qu'il est possible qu'on travaille avec eux.


Et enfin le dernier canal de distribution qui commence à arriver, c 'est les concessionnaires automobiles. Je n'y crois pas, parce que le mécanicien n'est pas un mécanicien vélo. Tu lui apprends, il va savoir… Mais ce ne sont pas les mêmes techniques, pas les mêmes outillages, pas les mêmes postes de travail. Quand tu as un mécanicien auto qui va avoir un vélo Peugeot dans les mains, parce que c'est ce qui est en train d'arriver, Stellantis est en train de reprendre totalement la main sur la fabrication et la distribution des vélos Peugeot. Je pense que ça ne va pas marcher parce qu'une concession automobile c 'est en périphérie. Le mec qui a crevé ou qui est en panne de batterie n 'a pas envie d 'aller en périphérie pour amener son vélo cargo - qui de toute façon ne rentre pas dans la bagnole. Je trouve que c 'est une erreur stratégique de la part des constructeurs auto de vouloir vendre des vélos dans les concessions. C'est opportuniste et ça va créer du mécontentement. Pour moi la place d'un vélo neuf, c 'est dans un magasin de vélo.


Hugo
Merci beaucoup Jonathan pour cette discussion passionnante sur le marché du vélo. Longue vie à Byke The Way et au partenariat avec Projet Boussole !

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